Olivier MALRAUX

“ DU BON USAGE DES “NEZ” pour réduire les nuisances olfactives ”

La plupart des effluves sont détectées par notre odorat à des niveaux plus ou moins faibles. Nous les interprétons comme étant agréables ou gênantes. Odeurs fruitées, boisées … comment faire la différence quand il s'agit de molécules industrielles ? Atmo Nouvelle-Aquitaine et les industriels du bassin de Lacq font appel aux NEZ de collaborateurs et de riverains volontaires, pour reconnaître les odeurs industrielles et les différencier. Olivier Malraux, formé comme Nez industriel depuis 2017 , nous explique en quoi ça consiste.

Quelles ont été vos motivations pour participer aux signalements des odeurs ?

Avant de rejoindre l'équipe de pompier du Service d'intervention et secours du Bassin de Lacq, j'ai travaillé de nombreuses années dans le secteur de la thiochimie (activité de transformation chimique des produits contenant du soufre). De cette période, j'ai gardé une sensibilité accrue à certaines odeurs qui y sont liées telles que le THT, le DMDS. J'ai voulu utiliser cette hyper sensibilité pour aider aux signalements des pollutions olfactives et ainsi participer à leurs réductions.

Quand vous parlez d'hypersensibilité aux nuisances olfactives, en quoi ça consiste pour vous ?

Vous savez, face à une même odeur, certaines personnes sont totalement indifférentes alors que d'autres ne la supportent pas et peuvent être proches du malaise. On l'a tous vécu par rapport à une odeur de fraîchin (œuf cru), d'andouillette, de tripes ! Dans mon cas, cela se traduit par une certaine fébrilité lorsque je suis très exposé aux molécules THT, DMDS qui sont présentes sur le bassin de Lacq. Mon histoire personnelle m'a permis de prendre conscience de cette hypersensibilité, d'apprendre à la gérer.

Comment c'est déroulé votre formation ? Tout le monde peut devenir Nez ?

La formation consiste en un entraînement, le but étant de nous habituer à ressentir et identifier certains types de molécules, à les interpréter de manière objective. Il est donc essentiel de partager un référentiel commun. Nous disposons pour cela d'une boîte contenant 38 molécules spécifiques à notre bassin industriel et disponibles dans différentes intensités. Ensuite, c'est surtout une question de pratique et d'entraînement. La formation est accessible à tous sur candidature ; cela ne nécessite pas d'avoir des sens de super-Héros !

Comment faîtes-vous pour signaler une odeur et à quoi ça sert ?

Tous les riverains du bassin peuvent signaler une pollution olfactive par le biais du site internet ODO Grand Public (atmo-odo.fr). Le site est décliné en application, disponible sur Apple Store et Google Play. Il existe également une version pour les nez formés : ODO PRO à laquelle je me connecte pour effectuer les signalements.

C'est un système participatif, chacun de nous précise l'odeur ressentie, son intensité notée sur une échelle de 10 (10 étant la plus puissante) et la zone géographique. Le système ODO PRO nous tient informé en temps réel des signalements et du parcours du nuage odorant. Cela permet ensuite aux responsables du projet d'alerter les acteurs locaux du phénomène observé quand il y a un événement plateforme concomitant.

Tous les signalements enregistrés dans ODO sont géolocalisés afin de dresser la cartographie quotidienne des nuisances déclarées et de permettre une interprétation précise des informations recueillies. Cette cartographie globale sert à définir un plan d'action et d'investissements de travaux d'amélioration.

Vous travaillez et vivez sur le bassin, cela vous donne une vision différente de la situation odorante ?

Je le crois. En effet, la même odeur peut être d'une intensité très différente en fonction des zones géographiques du bassin. C'est lié à la végétation, à la météo ou aux vents qui jouent un rôle de disperseurs. Le fait de vivre à Maslacq et de travailler à Lacq m'a permis d'en faire largement l'expérience.

Maintenant que vous avez développé vos facultés olfactives comme NEZ, ça vous donne des idées pour d'autres spécialisations ? En aromathérapie ou en olfactothérapie ?

Je n'y avais pas pensé, mais ça pourrait peut-être donner des idées à certains d'entre nous ! Personnellement, je crois que je vais rester concentré sur mon rôle d'interprète des odeurs. Que ce soit dans mon métier (de pompier) ou dans cette activité bénévole, j'aime bien l'idée d'être utile aux autres !

Photos

Olivier MALRAUX

Plateforme Induslacq
Nez Pro, Responsable Intervention

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